Hérodiade
« hero died »
Laurent Contamin
à Juliusz Slowacki
Conception et mise en scène : Urszula Mikos
Architecture
scénique Kristina Solomoukha
Création son et lumière Urszula Mikos et Patrick
Boggero
Collaboration à la chorégraphie Yumi Fujitami
Vidéo Muriel Habrard - Vincent Baumont
Ambiance
acoustique Bérengère de Tarlé
Stagiaire
Son Arthur Fabre
Costume Julie-Anne Grostabussiat
Assistanat à la mise en scène Youness Anzane
Avec
: Gaël Chaillat, John Kokou, Tomasz Kowalski, Michel Quidu,
Perle Palombe, Marianne Pichon, Vincent Bouchot (chanteur lyrique)
et la participation de huit comédiens amateurs des Ulis.

Création
le 10 et 11 janvier à 20h30 au centre
culturel Boris Vian
Reprise
prévue Mai 2007 au Théâtre Le Proscenium
Production
Le Proscenium. Coproduction Kos & Co. Coréalisation :
Centre Culturel Boris Vian des Ulis .
Avec le soutien de l' AFAA, la fondation Beaumarchais, la Ville
de Paris, la SACD et l'ADAMI
Hérodiade
2007 de Laurent CONTAMIN (2004) création prévue
pour janvier 2007 apparaît comme le dernier volet d’une trilogie
dont les deux premiers volets sont Kordian de Juliusz SLOWACKI
(1833) – créé au Centre Culturel Boris Vian
des Ulis et au CDR de Colmar 2001-2003, et Comédie Non
Divine de Zygmunt KRASINSKI (1834) – créé
au Centre Wallonie Bruxelles à Paris. –2004 Si Kordian décrit la lutte de l’individu contre le
monde, dévoilant ses passions, son enthousiasme innocent
et idéaliste, Comédie Non Divine présente
les excès du pouvoir et la ruine des grandes idéologies.
Hérodiade 2007 nous plonge dans un monde d’aujourd’hui
où les liens entre les hommes ne sont pas vécus
mais générés par des images extérieures,
où l’espace est organisé selon « un
monde divisé entre ceux qui jettent et ceux qui ramassent »
et la question « être ou ne pas être »
remplacée par « avoir ou ne pas avoir »
La pièce
Hérodiade 2007 commence par la chorégraphie de la
sphère urbaine… Des séquences quasi cinématographiques
se succéderont, installant petit à petit l’action.
Des figures plus complexes mais en même temps d’un
caractère presque archétypal apparaîtront,
liés par l’amour, l’intérêt, le
secret ou même par l’univers du coaching... (Une sorte
de trame policière fait le lien entre les personnages de
différentes professions et différents univers)
De manière décalée et poétique, ensuite,
le spectacle pénètrera la sphère personnelle,
entrant dans la dynamique de l’espace du couple.
…
Synopsis …
L’Eglise
de la Résistance du Seigneur de George Crawford participe
à un vaste trafic de vente d’organes entre l’Europe
de l’Est et les Etats-Unis. Leur temple est l’un des
nœuds du trafic. Ils veulent impliquer des locaux dans leur
prochaine affaire (quatre glacières remplies d’yeux).
Pour ce faire, ils contactent Faralik, un policier qui arrondit
ses fins de mois (polices parallèles, mafias, milices de
« nettoyage »), et Gosia, une femme d’affaires
qui sort d’un échec professionnel (on lui a refusé
les subventions demandées pour son projet culturel d’un
Dignity Park à Auschwitz). Et c’est Ninon Mounier,
coach de Gosia, supposée d’origine australienne et
par ailleurs vraisemblablement affiliée à l’Eglise
de George Crawford, qui établit le contact…
Une
interrogation sur l’intrusion vampirisante de l’image
filmée sur la scène théâtrale oriente
les derniers projets d’Urszula Mikos. Le théâtre
peut-il encore ignorer la dimension technologique de la représentation
médiatique ? L’acteur est confronté physiquement
à un redoublement de son action. Il pense jouer alors que
« son jeu est déjà fait ».
L’image qui s’imprime sur l’espace scénique
capture ses initiatives, l’empêche d’exister,
de se (dé)placer, de parler. Conditionnement idéologique,
elle définit l’homme moderne malgré lui. Hérodiade
2007 de Laurent Contamin est dans la continuité de Kordian
de Juliusz Slowacki et de Comédie non Divine de Zygmunt
Krasinski, les deux précédentes mises en scène
d’Urszula Mikos : la critique de l’autoritarisme
de l’image y est dirigée contre l’époque
qui l’a produite. Le libéralisme a remplacé
le tsarisme et le marxisme en véhiculant une même
coercition par l’image autorisée. Urszula Mikos révèle
la condition iconique de l’acteur.
Alexandre Wong – Cassandre.
Note de mise en scène
Les êtres qui peuplent l'oeuvre de Laurent Contamin apparaissent comme des personnages figures, à la biographie évanescente, des « corps bricolés ». Ils ne possèdent même plus leur langage propre, celui-ci est influencé, généré par une société médiatisée et administrative, une société parasitée par la communication… où les liens entre les hommes ne sont pas vécus mais générés par des images extérieures. Comme en Pologne contemporaine, où s'impose un nouveau langage, peuplé de néologismes dû à l'omnipotent Business, la langue existe mais semble ne même plus appartenir à ceux qui l'utilisent. L'espace de Hérodiade résonne de son propre idiome…, un idiome organisé selon « un monde divisé entre ceux qui jettent et ceux qui ramassent ».
Et s'ils se laissent emplir par une langue qui les emplit plus qu'ils ne la maîtrisent, les « corps bricolés » de Hérodiade apparaissent comme des figures, presque absents à leur propre vie, capables de cruauté mais touchants et poétiques. Voilà d'ailleurs ce qui peut tant émouvoir dans l'écriture de Laurent Contamin, son œuvre reflète la vie par touches successives, avec passion et force mais toujours légèreté. Un peu comme chez Tchékhov, si les thèmes sont exigeants et puissants, le texte garde toujours l'énergie, la liberté et l'humour. La scène se trouve continuellement envahie d'une pulsation vitale, de scènes brèves mais emblématiques, de second et troisième plans aussi importants que le premier (et qui impose une conception chorégraphiée de la pièce). Aucun des personnages n'apparaît réellement condamnable ou même antipathique, il vit sa vie du mieux possible, il « est » ce que la société rend possible aujourd'hui. L'originalité, la modernité de la pièce tient en partie à ce regard, sans concession mais sans cruauté, presque sans dénonciation. …
Dans cette mesure, la mise en scène se doit de donner réalité à ce riche processus : utiliser tous les moyens scénographiques possibles, dont l'image projetée pour révéler les espaces physiques et mentaux qui rythment les développements de la dramaturgie, à travers des types d'incarnation concurrents et complémentaires, mettre en lumière les évolutions et les fêlures psychologiques des personnages, cristalliser l'action dans chaque étape de la pièce à la fois en jouant le jeu de ses drames mais aussi de ses changements de perspectives, et pour cela mobiliser à la fois une scénographie ou un espace acoustique évolutifs.
L'espace contemporain est stratifié, léger, éphémère . Il représente notre fonctionnement public : labyrinthique et unifié, fragmenté mais consensuel, espace urbain chaotique mais organisé.
En empilant matière sur matière et en cimentant pour former un tout, l'architecture urbaine essaie de rétablir le lien entre le rôle mythique de l'architecture et notre situation réelle. Cette tendance dans l'architecture moderne nous révèle d'ailleurs une autre illusion manipulatrice : inscrire la transcendance, le cosmos, le démiurgique dans nos installations publiques et privées. On e ntre aujourd'hui dans les grands magasins comme dans les temples religieux jadis.
Notre scénographie, à la fois architecture, installation et accumulation tentera de niveler la distance entre ceux qui jettent et ceux qui ramassent, créant un endroit où tout le monde vit et s'active dans la même décharge. Nous mettrons ainsi en contraste la stérilité – le vide et le chaos. La scénographie jouera de différentes matières uniformes : métal, miroir, plexiglas, plastique et bâtira une sorte de labyrinthe dans lequel les corps se perdent et se reflètent . Parfois même, elle révèlera des images de corps dans ce décor réfléchissant mais ces reflets ne viendront d'aucun corps visible sinon, pour ainsi dire, du décor lui-même.