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Hérodiade
(en projet)
La révolte est-elle possible ?
La plus belle réussite de la barbarie est de nous faire croire
qu’elle n’existe pas- voire qu’elle est tout bonnement
« une culture ». J-C Guillebaud.
L’homme a non seulement éradiqué les mythes, liquidé
la théologie, mais également coupé la voie qui
le conduisait à l’essence des choses, y compris à
son essence propre. Le résultat, autrement dit la malédiction
des temps présents, devient la déréliction de
ce nouvel être : l’homme jeté là, condamné
à une vie inauthentique où rien n’échappe
plus au désir de consommer et de contribuer à la gigantesque
transmutation de tout le réel en monnaie d’échange…
d’une certaine manière, on se demande si le rêve
de l’homme d’aujourd’hui, de l’homo oeconomicus
n’est pas de partager l’existence de Mickey, Pluto, Minnie,
et de vivre dans un Disney world où le confort extérieur
sert de décor flatteur, de compensation à l’indigence
intérieure.
L’idéologie
économique dominante dans nos démocraties libérales
se construit sur l’hypothèse d’un individu intégral,
c’est à dire autonome et affranchi de tout lien autre
que juridique. Cette valeur, cet archétype du moi auto-fondé
et délié de toute contrainte, apparaît comme ce
dont la société marchande a besoin pour assujettir les
consciences à sa logique.
Or cet individu émancipé, libre dans ses choix face
au marché apparaît de plus en plus comme une fiction.
On pourrait même dire qu’il ne s’agit que d’une
construction idéologique, à peine capable de dissimuler
le vide contemporain de la pensée… le prétendu
sujet politiquement souverain est en fait un objet économiquement
castré, n’ayant d’autre choix que se couler dans
le modèle proposé, de se prêter à l’inflation
narcissique de la réussite ou sinon de se « suicider ».
Comédie Non Divine
Le plaisir facile du voyeurisme et de l’autosatisfaction -
il n’existe ainsi rien de plus démoralisant qu’un
théâtre fier de lui, d’un public qui applaudit
lorsqu’on vient de flatter ses tendances et par là
de le tromper. Pensant à l’époque nazie, Bond
écrivait que tout uniforme appelle la nudité... le
plaisir trompeur appelle à des somnolences et à la
dissolution de l’être, l’engagement fanatique
nous évoque les stades et la nudité des cadavres…
…L’aspect hallucinatoire de la mise en scène
doit donc niveler la frontière entre ce qui est vrai et ce
qui est faux, entre fiction et réel, entre rêve et
veille: suis-je en train de regarder ou suis-je regardé ?
Qui possède le pouvoir sur qui ?
L’utilisation de la caméra provoquera l’impression
de la surveillance omniprésente d’un œil extérieur,
la sensation constante d'une oppression. Le comédien dans
cet univers ne peut avoir de repos même s’il se trouve
dans les coulisses : il sera épié, même
s’il ne joue pas, même s'il « est »
tout simplement, tout devenant nécessairement observable
et objet d’observation.
La mise en scène s’attachera à interroger les
limites de la liberté de l’homme, dans un monde médiatisé
et contrôlé où les rêves eux-mêmes
ne peuvent plus rester privés, où la révolution
et la destruction elles-mêmes sont programmées.
Les scènes brèves, marquées par la rapidité
du mouvement, les changements, les passages du fantastique au quotidien,
du contemplatif au macabre, au grotesque provoquent aussi une réflexion
sur la complexité du jeu : un éclectisme s’impose.
Un jeu presque cinématographique - où les acteurs
évoluent comme de personnes privées (en apparence)
qui semblent habiter la scène - permettra ainsi de pénétrer
dans le monde sensible et intérieur du personnage, sa pensée,
son monologue intérieur. Un jeu plus formel, jouant de la
dépersonnalisation, ouvrira les questions fondamentales de
la perte d'identité au profit d'un langage, d'une passion
ou du poids de l'histoire. La confrontation entre ces types d’incarnation :
corporel, énergétique, formel, distancié donnera
ainsi l'impression de prendre une position intérieure et
de voir, de vivre avec ses yeux, de connaître ses différents
états de conscience et ses divers rapports au monde.
Dans un tel spectacle, la mise en scène se doit d’interroger
les limites du théâtre. Elle se doit également
de questionner la place du comédien dans le théâtre,
un comédien oscillant entre réalité et représentation,
entre authentique et artificiel, entre véracité et
création, entre liberté et enfermement… et ainsi
replacer la question du jeu de l’acteur au centre même
de la représentation…
Trio
….Mais plus encore, le théâtre de Schaeffer tient
son exceptionnelle cohérence de la conception même
du comédien, que la mise en scène s’attachera
à interroger et illustrer : un comédien à
la fois instrument et instrumentiste, objet même de la dramaturgie,
placé dans des situations qu’il doit explorer ou résoudre.
Les personnages de Trio auront ainsi pour première tâche
d’être là, de chercher à exister dans
l’espace du théâtre; le drame consistant en leurs
efforts et leurs tentatives de dialoguer ou de créer. Dans
ce type de théâtre, l’acteur apparaît comme
l’objet de la dramaturgie et se trouve placé dans une
situation qu’il doit explorer ou résoudre, de manière
obsessionnelle et nécessaire. Plus encore, il semble livré
à lui même dans l’espace concret du théâtre.
Ses moyens de jeu - qu’il s’agisse d’invention,
d’émotion, de souplesse mentale ou corporelle - sont
sans cesse mobilisés et mis en question, avec ce que cela
implique de jeux, de dévoiements, de parodies, d’explorations…
amenés au bout d’eux mêmes, les acteurs de Schaeffer
révèlent leur humanité autant que leur irréductible
lien à l’espace théâtral.
Machine
à désespoir
…Thomas Bernard invente une transcription musicale de son
angoisse ». On se trouve alors comme chez Kantor à
la frontière entre les décharges et les espaces infinis,
les deux univers qui voisinent en l’homme. Il y a également
dans cet univers une matière théâtrale extrêmement
riche qui permet de rapprocher théâtre et musique,
à travers des variations, des successions de litanies, -
avec pause - silence - tension, des respirations atypiques - une
musique complexe des nos émotions. Thomas Bernhard n’apparaît
pas une histoire mais tout simplement l’effort d’exister
3x1
Urszula Mikos interroge le caractère fragmentaire des hommes
devenus somnambules et de leur monde, l’incessante transformation
de l’être sous les chutes lentes ou accélérées
des impressions et des images qui nous assaillent en permanence
- bombardement crépitant des sensations venues de l’extérieur
; elle essaie de cerner la surface vibratile de l’être
dans ses zones de plus grande réceptivité où
mémoire et perception jouent ensemble en toute liberté.
Au niveau de la représentation, ce désir se traduit
par la volonté de jouer sur la perception: aller de l’éloignement
d’un monde imagé vers un rapport de plus en plus direct,
de la tromperie hallucinatoire à l’irruption de la
vie, en finissant par un rapport très particulier, à
la limite du théâtre…une conférence.
Fascinée par les antihéros, les personnages aux énergies
insolites -ceux qui par peur de la vie se réfugient dans
leur univers mental ou au contraire cherchent à meubler leur
espace vital à chaque moment – Urszula Mikos tente
toujours d’explorer des énergies atypiques, décalées,
déviées par la solitude, la société,
enfermement physique ou mental, et d’aborder les questions
du pouvoir, de la manipulation, de l’influence des éléments
extérieure sur l’être..
Fascinée par les antihéros, les personnages aux énergies
insolites -ceux qui par peur de la vie se réfugient dans
leur univers mental ,ou au contraire cherchent à meubler
leur espace vital à chaque moment – Urszula Mikos tente
toujours d’explorer des énergies atypiques, décalées,
déviées par la solitude, la société,
enfermement physique ou mental, et d’aborder les questions
du pouvoir, de la manipulation, de l’influence des éléments
extérieure sur l’être. Dans ses recherches et
expérimentation théâtrales, elle interroge également
leur manière de se manifester dans le geste et la parole.
Dans son travail, grâce à la musicalité, au
rythme, à l’état, et à la respiration,
la recherche d’une logique organique , et “métaphysique”…
elle essaie de comprendre et d’atteindre ces différents
types d’énergie.
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