| L’acteur
instrumental
Introduite dans les années 70, dans la musique et
le théâtre polonais, la notion de théâtre
instrumental - et logiquement celle de l’acteur instrumental
a été surtout illustrée par Boguslaw Schaeffer
et défendue par le groupe MW2 dirigé par Jan Peszek.
Les créations de ce groupe depuis vingt ans joués
dans les plus grands théâtre d’Europe, d’Amérique
et d’Asie ont révélé cette nouvelle perception
de l’acteur et du théâtre en lui même.
Dans ce type de théâtre, l’acteur apparaît
comme l’objet de la dramaturgie et se trouve placé
dans une situation qu’il doit explorer ou résoudre,
de manière obsessionnelle et nécessaire. Plus encore,
il semble livré à lui même dans l’espace
concret du théâtre. Ses moyens de jeu - qu’il
s’agisse d’invention, d’émotion, de souplesse
mentale ou corporelle - sont sans cesse mobilisés et mis
en question, avec ce que cela implique de jeux, de dévoiements,
de parodies, d’explorations… amenés au
bout d’eux mêmes, les acteurs de Schaeffer révèlent
leur humanité autant que leur irréductible lien à
l’espace théâtral.
Le comédien, instrument et instrumentiste
Dés que l’on considère cette évidence
que le théâtre est régi par des lois spatiales
et temporelles, nous nous heurtons immédiatement au problème
de la maîtrise du temps et de l’espace, et de celle
du rythme et du mouvement. La représentation théâtrale
est dans un premier temps, dynamiques, déplacements, vocalisations
organisés. Pour y prendre la meilleure place possible, le
comédien doit maîtriser l’ensemble de ses moyens,
comme un musicien se doit de maîtriser son instrument.
Ces moyens - dont l’acquisition est déjà en
elle-même fondatrice de l’art du comédien - voix,
corps, mémoire, mais aussi réflexes, invention, souplesse
mentale et physique, peuvent être mis en valeur et travaillés
systématiquement. La plupart des méthodes d’enseignement
théâtral l’ayant prouvé, même si
ce n’est qu’au travers d’exercices limités
ou partiels.
Isoler ces moyens pour les exercer, comme le musicien exerce son
coup d’archet ou la dextérité de sa main permettrait
de renforcer la disponibilité psychophysique du comédien,
d’accroître son aisance - et son plaisir, durant le
jeu. Un tel travail offre d’ailleurs l’avantage - outre
son caractère d’enrichissement immédiat et son
aspect parfois ludique, de préparer dans le sens plein du
terme le comédien à la répétition et
à la scène.
Il ne faut d’ailleurs pas négliger le fait que le comédien
est à la fois instrumentiste et instrument, avec tous les
dangers et les difficultés que cela implique. L’ensemble
de ses moyens lui appartient en propre aussi simplement qu’un
bras, un visage, une voix appartiennent à l’être
humain et peuvent être défectueux, fragiles ou mal
employés. L’émotion elle-même apparaissant
comme instrument théâtral, des dangers et limites psychologiques
compliquent encore cette approche et imposent une progression scrupuleuse. |
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