Boguslaw
Schaeffer :
Né
le 6 Juin 1929 à Lwow (Pologne)
Actuellement professeur de composition et de musicologie à
Salzbourg au « Mozarteum ».
DRAMATURGE :
1955 : Première pièce: “Webern”
1963 : « Scénario pour un acteur instrumental
inexistant mais possible » créé par Jan
Peszek. 12 années d’exploitation à travers
le monde : Europe entière, USA, Japon, dernières
représentations en polonais, Odéon et en espagnol
Centro Dramatico Nacional Madrid.
1964/66 : « Audiences I, II et III »
pièces autour desquelles se crée le théâtre
M.W 2 à l’instigation de J. Peszek, M. Grabowski
— un des metteurs en scène les plus connus de Pologne
— et A. Kierc. Cette célèbre compagnie se
consacre au théâtre instrumental de Schaeffer.
1966 : « Quartette », 122 reprises
mais jamais joué en France.
Reçoit en 1979 le prix Swinarvski et celui du ministère
de la culture polonais.
1968 : “Fragment pour deux comédiens et violoncelliste”
créé dans une mise en scène de I’auteur
à Edinburgh.
1970 : « Scénario pour trois comédiens »
qui reçoit à sa création 6 prix, tourné
dans la plupart des pays d’Europe.
1972 : “Audience V” représentée 250
fois en Pologne.
1974 : “Audience III” représentée 150
fois.
1986 : “MROKI” et ”ZORZA”
1987 : Schaeffer reçoit le grand prix de l’écriture
dramatique du ministère de la culture et de la critique
pour l’ensemble de sa création.
Depuis 1987 Schaeffer se consacre à l’écriture
d’un cycle de pièces (5 lettres et 2 syllabes) :
« KACZO », « AKTOR »,
« PROBY », « SEANS »,
«TUTAM ». Ces pièces ont été
jouées plusieurs fois en Pologne et en Allemagne.
1990/1992 : Deux ouvrages consacrés à la création
de Schaeffer ont été édités en Pologne,
un ouvrage anglais est en cours de préparation et une édition
systématique de ses pièces en polonais a commencée.
Depuis les années 80, Boguslaw Schaeffer est considéré
comme une des deux ou trois figures majeures de la création
théâtrale polonaise contemporaine - avec Gombrowicz
et Mrozek. Ces pièces sont continuellement jouées
en Pologne.
COMPOSITEUR :
1953/1963 : Premières compositions, notamment musique de
chambre. Travaille sur la facture du violon et propose ses premières
réflexions sur les techniques contemporaines de composition
musicale. Il écrit une de ses œuvres les plus célèbres :
« Diagramme pour pano ».
Il crée la première composition électronique.
1957 : Première composition graphique.
1959 : Premier prix de composition à Fitelberg pour
« Monosonate pour six quatuors » et pour
un concerto pour piano : « Quatro Movimenti ».
1960 : « Petite symphonie » et huit
heures de composition pour piano : « Non-Stop »…
1961 : Première composition de Jazz.
1962 : Devient professeur de composition au conservatoire
de Cracovie et à l’Académie de musique.
1963 : Première composition scénique de Schaeffer
pour ses oeuvres et d’autres créations contemporaines.
1964: Premier Happening polonais auquel participe T. Kantor. 7
heures 38 de composition.
1964/1974: Une vingtaine d’oeuvres créées
dans le monde entier ; de nombreux prix de composition dans Ies
festivals de musique contemporaine. Premier livre sur la composition
de Schaeffer : “B. Schaeffer and his music” de J.
Hodor. Le critique Leighton Kerner dira d’une de ses pièces
pour orchestre de Jazz : “La plus brillante et la meilleure
composition de Jazz après Rhapsody in blue”.
A partir de 1977 : Ses oeuvres sont jouées dans le monde
entier et récompensées de très nombreux prix.
Il écrit plusieurs ouvrages théoriques sur la composition
musicale.
1980 : Salzbourg lui demande de présider et d’organiser
le concours de composition d’Autriche. Il le fera pendant
huit ans et deviendra en 1986 le professeur de composition du
“Mozarteum”.
1982/1992 : de nombreux concertos joués et enregistrés
en Allemagne et en Autriche. En 1986, premier opéra de
Schaeffer: “Liebesblicke”.
INTERVIEW Accusé : Boguslaw Schaeffer
- Certaines personnes disent que vous n’existez
pas. Que les frères Grabowscy et Jan Peszek ont inventé
Boguslaw Schaeffer – auteur des cycles « Audiences »
et « Scénarios ». Comment pouvez-vous
prouver votre existence ?
Je ne passe jamais à la télévision,
donc je n’existe pas, c’est logique. J’ai entendu
parlé d’un ivrogne dans Krynicy qui chie partout,
il est très connu donc il existe.
- Au théâtre, vous rentrez comme une personne de
l’extérieur. Etes-vous sûr que le théâtre
a besoin de vous ?
Bien sûr qu’il a besoin de moi. Le théâtre
était et est ennuyeux. Puisqu’il est ennuyeux, il
avait besoin de moi. Et il est bien tombé, ça pouvait
être pire.
- A qui adressez-vous vos textes ?
A moi et à ceux qui correspondent à ma façon
de penser. Ils existent et ils sont plus nombreux qu’on
ne le pense.
- Comment pouvez-vous expliquer que cette envie de plaire au public
qui est très à la mode dans le théâtre
d’aujourd’hui, vous ait contaminé aussi ?
Comment pouvez-vous expliquer que le comique facile et habilité
circassien dans le théâtre de Schaeffer ?
Toute critique peut être à la mode mais pas
forcément juste. Dans ce cas, on se trouve au fond de l’existence
spirituelle. Je peux faire semblant de ne pas connaître
la finesse du langage et renvoyer la question si cette envie est
quelque chose de bien ou de mal. Ce qu’on fabrique avec
mes pièces, je n’en suis pas responsable. Comme lors
d’une erreur d’arrestation.
- Et votre monothématique, cet incessant questionnement
sur l’art. Vous ne pensez pas que vous pouvez ennuyer à
la fin même le spectateur le plus fidèle ?
L’art est le thème le plus intéressant.
Les gens cultivés - c’est à eux que je pense
– achètent des albums, lisent des romans, écoutent
de la musique. La vie quotidienne, politique, la puanteur idéologique,
sport, ne peuvent pas être les thèmes de mes pièces
puisque je ne suis pas l’idiot. Récemment (dans « Kaczo »,
« Acteur », « Répétitions »,
« Séance ») j’explique le théâtre
au public. Quel mal y a-t-il à cela ? Ars longa c’est
donc sur l’art et de quoi peut-on parler d’autre,
Que Diable ! Je m’arrêterai de parler de ce thème
quand ça m’ennuiera et pas le public. C’est
moi qui suggère de mes thèmes, on ne me suggère
pas. Je n’ai jamais écouté personne. « Je
vous écoute, maintenant, mais avec une oreille seulement ».
- Pourquoi n’éditez-vous pas vos textes de théâtre ?
On m’a déjà posé cette question,
je préfère qu’on les découvre au théâtre,
plutôt que sur le papier.
- Certains disent que le théâtre de Schaeffer est
associé uniquement à Cracovie, est-ce que vous partagez
cette opinion ?
Je suis joué dans toute la Pologne et souvent à
l’étranger, mais je comprends que vous vouliez dire
qu’on me joue très bien à Cracovie. Dans cette
ville, le public théâtral est formidable, il me comprend
très bien. Mais à Oslo ou à Madrid aussi.
Les spectateurs se sont bien amusés et les comédiens
ont été très applaudis, ce qui me réjouit
beaucoup car le mérite ne me revient pas uniquement. Donc,
je n’ai pas l’impression d’écrire - comme
vous l’avez bêtement suggéré mais je
vous en suis reconnaissant – seulement pour mon public.
Il semblerait que mes textes parlent à tout le monde.
- Dernière question : Quelle courte question pourrait
vous poser un journaliste intelligent ?
Toutes celles que vous voudrez. Mais vous m’avez
demandé d’être concis alors j’ai l’impression
d’en avoir trop peu dit. Mais entre parenthèses -
pourquoi vous Monsieur qui en apparence semblez intelligent et
doté de qualités, pourquoi vous cachez-vous derrière
un public médiocre qui ne comprend pas trop Schaeffer et
pourquoi posez-vous toutes ces questions ? Il faut respecter
le public même si parfois il ne le mérite pas mais
pas au point de se rabaisser à son niveau et à ses
goûts. J’écris pour un public exigent, j’écris
à ceux qui aiment le théâtre, qui est notre
noblesse d’esprit qui nous fait grandir.
Gazeta Wyborcza, 5 juillet 1991