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Théâtre de Boguslaw Schaeffer

Les quarante années de créations de Boguslaw Schaeffer contiennent environ quatre cent œuvres musicales et théâtrales, parmi les plus importantes de l’après-guerre : sa musique, reconnue et saluée par ses contemporains, fut primée lors de principaux concours de composition (Vienne, Boston, Hongkong, Copenhague…). Du fait de son originalité et de sa précision, la création de Schaeffer est aujourd’hui considéré comme l’une des plus importantes de l’après-guerre, il est d’ailleurs traduit et joué dans le monde entier, exception faite de la France où ne furent présentés en polonais que « TISMW2 » en 1974 (salué par le public et la critique française et tout particulièrement par Ionesco), « Scénario pour un acteur instrumental… » joué par Jan Peszek à l’Odéon.

Mais un de ses caractères les plus marquants tient à son ouverture sur les autres arts - théâtre, peinture : « Extrema », créée en 1957, constitua la première composition graphique au monde. Le compositeur fut également un des précurseurs de la musique visuelle, du happening, de la musique d’action et surtout du théâtre instrumental.

Ses pièces, telles « Scénario pour un Acteur instrumental non existant mais possible », « Quartette » ou « Scénario pour Trois Comédiens » apparaissent comme des tentatives de synthèse entre la composition instrumentale, le spectacle gestuel et le théâtre parlé. Des scènes, notées à la manière de partitions, alternent avec des dialogues ou des canevas d’improvisation très codifiées ; l’auteur jouant constamment du collage, de la citation, du pastiche, de la plaisanterie littéraire. Un des caractères les plus marquants de son écriture est sa perfection mécanique, garante de son extraordinaire humour, les partitions évoluant par oppositions, ruptures, récurrences toutes musicales. La cohésion de l’ensemble repose explicitement sur la créativité, l’habileté physique et vocale des interprètes.

L’extrême précision s’oppose ainsi à la liberté, au caractère ouvert de la composition d’ensemble - dualité conditionnant le mélange des genres : le burlesque côtoyant le sérieux, le métaphysique, le comique. Les deux caractéristiques les plus frappantes des pièces de Boguslaw Schaeffer sont, d’abord, leur appartenance au courant de réflexion et de recherche esthétique, qui va de Marcel Duchamp à John Cage, et leur rapport étroit (on pourrait dire fondateurs) à la composition musicale ; ensuite, « Les scénarios » de Schaeffer refusent les principes de construction dramaturgique traditionnels pour évoluer par collage de scènes, ruptures ou parodies ; la cohérence de l’ensemble étant assurée par des récurrences, des oppositions musicales (certaines d’entre elles ne sont d’ailleurs pas sans s’apparenter aux séries dodécaphoniques de l’école de Vienne). Les expressions, les références à l’interprétation instrumentale (rythmes, accentuations, intonations) abondent dans ces pièces-partitions et la description de certaines intentions passe souvent par l’usage de signes musicaux.
Outre son unité de ton, et la caractère très construit de chacune de ces partitions, la cohérence de cet ensemble pourra tenir des thématiques mêmes de ces pièces : une réflexion systématique sur le langage et la codification même de nos attitudes les plus quotidiennes, une critique fine et ironique de la soif du pouvoir, de la démagogie, de l’égoïsme, de la jalousie ou de la délation. Ces schémas apparaissent de manière récurrente dans ces scènes, et sont interrogés et explorés de manière systématique.

La création de Schaeffer apparaît comme une des grandes synthèses du questionnement contemporain sur le sens et le fonctionnement du spectacle, sur le statut du dramaturge et celui de ses comédiens, la présence de l’humour, de l’ironie et de la virtuosité théâtrale garantissant sa complète et immédiate efficacité.

Le théâtre de Schaeffer est une composition ouverte que les comédiens doivent nourrir de leurs improvisations, de leurs propositions vocales et physiques. Leur disponibilité physique autant que leur disponibilité psychique sont requises par la création, ainsi que la maîtrise de tous leurs moyens instrumentaux, aimerait-on écrire à la suite de Schaeffer.

Le théâtre de Schaeffer tient son exceptionnelle cohérence de la conception même du comédien, un comédien à la fois instrument et instrumentiste, objet même de la dramaturgie, plus encore il semble livré à lui même dans l’espace concret du théâtre, placé dans des situations qu’il doit explorer ou résoudre, de manière obsessionnelle et nécessaire. Ses moyens de jeu - qu’il s’agisse d’invention, d’émotion, de souplesse mentale ou corporelle - sont sans cesse mobilisés et mis en question, avec ce que cela implique de jeux, de dévoiements, de parodies, d’explorations…Les comédiens schaefferiens ont ainsi pour première tâche d’être là, de chercher à exister dans l’espace du théâtre; le drame consistant en leurs efforts et leurs tentatives de dialoguer ou de créer. Les conflits qui les animent appartiennent alors au dramatique au comique ou au poétique, suivant chacune des situations à laquelle ils sont confrontés ou qu’ils cherchent à résoudre…amenés au bout d’eux mêmes, les acteurs de Schaeffer révèlent leur humanité autant que leur irréductible lien à l’espace théâtral.

 

 
 
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